Décentrer les études sur le jeu vers une aire qu’elles ont peu explorée, c’est l’ambition du colloque international « Jeux et société dans l’aire culturelle nord-africaine (Maghreb et diaspora) », organisé les 14 et 15 décembre 2026 à LaMSN (Maison des Sciences Numériques, Université Sorbonne Paris Nord). L’appel à communications est ouvert jusqu’au 15 septembre 2026. Présentation.
Le constat qui ouvre l’argumentaire est celui d’un déséquilibre. Construites pour l’essentiel depuis les terrains nord-américains et européens, les game studies et les études sur les cultures numériques laissent largement inexploité le potentiel heuristique d’une aire marquée par le plurilinguisme, les héritages amazigh et arabe, les trajectoires coloniales et postcoloniales et l’intensité des mobilités diasporiques. Le déséquilibre vaut d’ailleurs à l’intérieur même du domaine : si certaines pratiques bénéficient d’une visibilité scientifique établie, comme par exemple la place du football au Maghreb (dans sa pratique physique comme dans ses déclinaisons vidéoludiques) d’autres restent tenues pour mineures par la recherche internationale.
C’est en mobilisant la notion maussienne de « fait social total » (Essai sur le don, 1925) que les organisateurs de l’événement entendent y remédier : jamais neutre, le jeu met en mouvement l’ensemble des institutions d’une société. Des jeux traditionnels berbères et arabes aux environnements numériques immersifs, les pratiques ludiques nord-africaines se donnent alors à lire comme des espaces d’expression identitaire, de sociabilité et de négociation des rapports au pouvoir, au savoir et à la norme.
L’appel à communications situe son apport principal dans une tension qu’il juge féconde plutôt que contradictoire. Documentant avec précision les jeux et jouets traditionnels du Maghreb et du Sahara, les travaux ethnographiques de Jean-Pierre Rossie (CFH Studies, Catholic University of Portugal, Braga) fournissent l’ancrage empirique ; proposant un cadre théorique interdisciplinaire, le Dictionnaire des sciences du jeu (2024) fournit les outils conceptuels permettant d’analyser les transformations en cours. De leur confrontation naît la question adressée aux jeux traditionnels à l’heure du numérique et de l’intelligence artificielle : effacement, mutation ou transposition créative ?
Ou encore : que deviennent les patrimoines ludiques lorsque la transmission passe par l’écran ? Comment le plurilinguisme et les technolectes travaillent-ils la langue du jeu ? Que font à des pratiques qui circulent d’une rive à l’autre les régulations nationales, qu’elles portent sur les jeux d’argent ou sur l’Internet ? Ce sont quelques-unes des questions que le colloque adresse à ses six axes, des patrimoines ludiques aux enjeux économiques et politiques, en privilégiant les recherches empiriques (enquêtes de terrain, ethnographies, entretiens, analyses de corpus numériques) et les approches comparatives.
Organisé par l’équipe « e-Humanities » de LaMSN en partenariat avec la revue Études et Documents Berbères, où paraîtront les communications retenues, le colloque bénéficie du soutien du GIS Jeu et Sociétés. Il est coordonné par Sabah Chaïb, Faouzi Boufarès, Louenas Bounia et Ouahmi Ould-Braham (Université Sorbonne Paris Nord). Les langues de travail sont le français, l’anglais et l’arabe.
Informations pratiques
- Date limite de soumission : 15 septembre 2026 (résumé de 300 à 500 mots)
- Dates et lieu : 14 et 15 décembre 2026, LaMSN, Université Sorbonne Paris Nord
- Axes détaillés et modalités : appel à communications ci-joint
- Propositions : colloquejeuxsociete2026@orange.fr
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Source : Soller