Entre jeux vidéo et jeux d’argent et de hasard, les frontières deviennent parfois difficiles à distinguer.Comment en effet appréhender les pratiques ludiques qui empruntent certains mécanismes aux jeux d’argent sans nécessairement permettre de gagner de l’argent ? Casinos sociaux, jeux vidéo intégrant des éléments de casino, loot boxes, jeux de fantasy sports ou dispositifs Play-to-Earn : ces activités composent un ensemble hétérogène que les chercheurs désignent sous le terme de jeux numériques hybrides (JNH).
Menée par l’Association de recherche et de prévention sur les excès du jeu (ARPEJ), en partenariat avec l’Autorité nationale des jeux (ANJ) et publié en octobre 2026, le deuxième rapport de l’enquête ENJEU-Mineurs 2025 révèle que 39 % des adolescents de 15 à 17 ans ont pratiqué au moins un jeu numérique hybride. L’étude interroge notamment les liens entre ces pratiques, les dépenses monétaires et les problèmes de jeu.
Des pratiques répandues, mais différenciées
Réalisée auprès de 5 000 adolescents de 15 à 17 ans, l’enquête montre que 39 % déclarent avoir pratiqué au moins une forme de JNH. Les jeux vidéo comportant des éléments de casino figurent parmi les activités les plus répandues. Parmi l’ensemble des adolescents interrogés, 15,6 % déclarent avoir dépensé de l’argent dans ces jeux, soit 39,9 % des pratiquants de JNH. L’étude souligne toutefois la diversité des situations : les mécanismes de monétisation, les possibilités de gains et les motivations des joueurs varient considérablement selon les catégories de jeux.
L’un des résultats les plus significatifs concerne le recoupement entre jeux numériques hybrides et jeux d’argent et de hasard (JAH) : parmi les adolescents pratiquant des JNH, 58,8 % déclarent également jouer à des JAH. Cette pratique conjointe apparaît associée à des niveaux plus élevés de problèmes de jeu. Selon l’Indice canadien du jeu chez les adolescents, 26 % des joueurs mixtes présentent un score de gravité élevé, contre 3,9 % des joueurs pratiquant exclusivement des JAH. Les dépenses monétaires constituent un autre indicateur important : parmi les joueurs mixtes, 40,7 % de ceux qui dépensent de l’argent dans les JNH présentent un score de gravité élevé, contre 14,1 % de ceux qui n’en dépensent pas. Ces résultats mettent en évidence des associations statistiques, sans permettre d’établir à eux seuls un lien de causalité entre les différentes pratiques. Les scores de gravité élevés ne doivent pas non plus être assimilés à des diagnostics cliniques de troubles addictifs.
Mieux comprendre les mécanismes de l’hybridation
Au-delà des données quantitatives, l’étude mobilise également des entretiens collectifs pour explorer les motivations, les représentations et la perception des risques chez les adolescents.
Le rapport invite ainsi à approfondir les recherches sur la convergence entre gaming et gambling, notamment sur les mécanismes de monétisation, les trajectoires de jeu et les conditions dans lesquelles certaines pratiques peuvent être associées à des comportements problématiques. Au final, en documentant des pratiques qui échappent en partie aux catégories traditionnelles du jeu vidéo et du jeu d’argent, cette enquête contribue à renouveler les questionnements scientifiques sur les comportements ludiques des mineurs et les enjeux de leur prévention.
Signé par Marie-Line Tovar, Pauline Saliot et Jean-Michel Costes, ce deuxième rapport a bénéficié d’une relecture scientifique assurée par Valérie Le Floch (Université Toulouse – Jean Jaurès, laboratoire CLLE) et Gaëtan Devos (Grand Hôpital de Charleroi).
L’infographie réalisée par l’ARPEJ, reproduite ci-dessous, présente les principaux résultats de cette enquête.

Référence : Tovar, M.-L., Saliot, P. et Costes, J.-M. (2026). Pratiques de jeux numériques hybrides chez les mineurs de 15 à 17 ans en 2025. Résultats de l’enquête ENJEU-Mineurs 2025. Rapport n° 2, ARPEJ, 39 p.