The Last Jedi - Episode VIII de la Guerre des étoiles

Le dernier opus de Star Warsou La Guerre des étoiles[1], sorti sur les écrans fin 2017, propose au spectateur de se prêter à un jeu énigmatique : comprendre le rôle caché, mais décisif de ce personnage a priorisecondaire ­— DJ —­ incarné par un acteur majeur du cinéma américain. La force cache-t-elle son jeu dans cet épisode 8 ?

Écrit et réalisé par Rian Johnson, ce film de science-fiction américain, produit par Ralf Bergman, Lucasfilms et les Studios Walt Disney, s’intitule The Last Jedi, en français Les Derniers Jedi[2]. Il met en scène deux personnages mentalement interconnectés, Rey, jouée par l’actrice Daisy Ridley, et Kylo Ren, incarné par Adam Driver, qui rejoignent à cette occasion dans le casting du film Carrie Fisher et Mark Hamill, les jumeaux Leia et Luke, présents dès les premiers films de la saga. L’intrigue tourne autour du rapport de force entre les Rebelles et Le Premier Ordre.

Or le jeu, peu présent dans les précédents épisodes de Star Wars, occupe une deux fois double place dans l’épisode VIII de ce combat : celle d’un lieu, une ville, Canto Bight, partagée entre l’espace du casino, d’une part, et celui de l’écurie avec son champ de courses d’autre part, et celle d’un personnage double, un cryptographe sans nom en même temps qu’un spécialiste du piratage électronique, DJ.

Et non plus structurellement, cette fois, mais éthiquement, le jeu, que ce soit sous sa forme spatiale ou humaine, se voit également doté dans The Last Jedi, sinon d’une double valeur, du moins d’une valeur ambiguë. Car si Canto Bight s’avère un lieu de perdition, repaire de marchands d’armes, c’est aussi là que vit l’enfant esclave des toutes dernières images du film, dont le spectateur comprend en le voyant déplacer son balai sans le toucher qu’il maîtrise la Force. Et si le cryptographe y reste introuvable, le pirate DJ y croupit bien dans sa prison, lui qui va permettre à Finn et Rose, deux Rebelles, d’infiltrer le vaisseau amiral du Premier Ordre.

Ce personnage de DJ, apparition née de l’ombre d’un cachot, second rôle du film, est pourtant une des clés de l’intrigue. Au sens propre, pourrait-on dire, car sans son aide pour ouvrir la porte du vaisseau du Premier Ordre, Rose et Finn auraient échoué, les Rebelles auraient été tous éliminés, l’histoire terminée avec eux. Pourtant, si DJ est bien celui qui ouvre, qui rend possible, celui qui fait que les choses peuvent continuer et ne pas s’arrêter là, devant une porte close, il n’en reste pas moins celui qui triche, qui ment et qui trahit. Qui joue un double jeu.

D’ailleurs, si DJ ne porte pas de masque, comme Kylo Ren, ou Darth Vador[3], ni ne possède le visage d’un monstre, comme Snoke, maître du Premier Ordre, il n’en est pas moins masqué, dédoublé, par sa double identité de cryptographe/DJ et la double initiale qui forme son nom[4], ni moins monstrueux, au sens étymologique du mot, puisqu’incarné par l’acteur Benicio del Toro.

Benicio del Toro semble a priori un bien grand acteur, en effet, pour un si court rôle. Ne nous y trompons pas. Sa filmographie, dont le spectateur superpose inconsciemment les rôles à celui de DJ, autant que son regard et un sourire à la séduction inquiétante, lui confèrent une présence à l’écran écrasante autant que trouble. Ce choix de casting révèle donc ce que l’étude structurelle de The Last Jedi démontre : le joueur dans la ville du jeu porte l’intrigue, et avec elle le monde — du moins celui de Starwars.

Il est le Trickster [5]qui œuvre par le désordre, le diable qui divise en même temps que la clé qui symbolise l’ouverture des possibles, la relance de l’histoire et de l’espérance, celle des enfants esclaves de Canto Bight qui poursuivent le récit de la lutte des Rebelles[6]. Par lui et par sa ville, le jeu, avec toutes ses ambiguïtés, ne s’en révèle pas moins dans The Last Jedi comme l’une des composantes — essentielles — de la Force.

Juliette Vion-Dury, professeure de littérature générale et comparée de l’Université Paris 13. Membre de l’équipe d’accueil Pléiade. Vice-présidente Grand Campus de l’Université Paris 13 — en charge des relations avec la MSH-Paris Nord et le Campus Condorcet.



  1. Dans la version française, car le titre en Anglais se traduirait plutôt par Les Guerres de l’étoile. L’Étoile dont il s’agit étant l’Étoile noire, station spatiale de l’Empire, détruite par les Rebelles. ↩︎

  2. La traduction par le pluriel relève d’un choix interprétatif, The Last Jedi pouvant signifier aussi bien Les derniers Jedi que Le dernier Jedi. ↩︎

  3. Que les Français appellent métonymiquement Dark Vador. ↩︎

  4. Double initiale qui l’associe aussi au spectacle, à la danse et à la musique. ↩︎

  5. « Fripon » comme l’appelle Paul Radin ou « décepteur » pour Claude Lévi-Strauss, figure que l’on retrouve dans toutes les mythologies. ↩︎

  6. Avant de poursuivre lui-même, on peut en faire sans trop de risques l’hypothèse, leurs aventures. ↩︎